Local 19: un an, déjà

Nicolas, Matthieu et moi, le début de la fine équipe Local 19

J’ai passé la date de quelques semaines, mais l’essentiel est là: l’année dernière, le 1er juin 2011 Nicolas et moi signions le bail d’un ancien local commercial, rue Blaise Pascal, numéro 19, sur le plateau central de Clermont-Ferrand, un quartier historique aux rues pavées et aux murs en pierre de Volvic.

Je vous raconte pas mon état d’esprit début 2011. Toute jeune freelance (je le suis toujours), les contrats arrivaient, le boulot était là. Mais l’envie, parfois,souvent, moins. Je bossais depuis un an chez moi et ce cadre ne me convenait pas. Manque de place, manque de vie, de collègues et de discussions. Alors je sortais un peu plus le soir, je me suis mise au sport, je squattais quelques journées chez Nico, quelques jours dans les locaux d’une entreprise, ça allait mieux mais ça suffisait plus.

Alors c’est là où je raconte un bout de ma vie

Alors au bout d’un temps, marre, les doutes étaient toujours là et je sentais cette désagréable sensation non plus de travailler chez moi, mais de vivre sur mon lieu de travail, et puis voilà, on me propose un taff, c’est à Lyon mais tant pis.
La rue Pascal se trouvait à mi-chemin entre nos apparts, à Nico et à moi. Un lieu assez propre, pas très lumineux, et surtout sous-utilisé par l’occupant du moment, un photographe qui était apparemment régulièrement absent. Alors quand Nico me raccompagnait, on passait devant, on pestait contre l’heureux locataire qui ne profitait pas assez d’un tel emplacement, et puis on rêvait à voix haute de ce qu’on pourrait en faire, de ce local. Tu imagines? ça ferait une belle vitrine ça… Oui, oui…

Et puis un soir, je suis rentrée seule chez moi, j’avais le moral dans les chaussettes, je pleurais voilà. Je passe dans cette foutue rue, et puis tiens… bizarre, le local est déserté, le propriétaire a déjà posé l’affichette « En location ». Tiens? Alors j’écris un sms vite fait à mon acolyte, pas facile il pleut, ha ‘tain non en fait, j’y vois mal parce que je pleure et que je ne sais déjà plus pourquoi. Tiens, tu sais, le local, devines? Le photographe est parti…. Oui, et?

Il y a de ces moments dans la vie où on prend des sacrés tournants, où on prend une décision rapidement, où ça va vite, et où j’en ai encore la tête qui tourne rien que de penser à cette période. En quelques jours, de mon côté, déjà une évidence: ou je prends un bureau, ou j’arrête le freelance. Pour Nicolas, l’ancienne fonctionnalité du local sautait aux yeux: les murs étaient propres pour exposer ses tirages, il y a assez de superficie pour un studio photo. On calcule notre part de loyer, ça fait encore un peu cher, on pense qu’on peut convaincre d’autres indépendants dans notre cas de partager les lieux et les frais. Alors banco.

Je passe les détails, il fallut faire vite car on pressentait qu’il n’allait pas rester libre longtemps à nous attendre, ce local. Et est-ce que c’est moi ou juste les évènements qui ont décidé pour moi, car à ce moment, les missions freelance repartent de plus belle, et le poste qu’on me proposait n’est plus d’actualité. Le hasard fait bien les choses, en fin de compte.

Nous avons lancé à deux ce que nous n’aurions pas fait chacun individuellement de notre côté. Très vite les gens intéressés se sont greffés à notre petit local, notre nouveau bureau. On a vite créé notre petite équipe de gens passionnés, qui nous ont rejoint, non pas seulement pour la cohabitation, mais aussi pour l’esprit. Pas seulement pour le délire ou les bons moments en commun, mais aussi pour le soutien dans les moments de doute, les petites infos qui circulent, les discussions, les partages de compétences et une certaine ambition pour aller un peu plus loin ensemble chaque jour.

Je vous ai pas perdu là? Allez, c’est la conclusion.

Nous voulions un lieu de passage et d’échange, où les voisins, les inconnus comme les amis pourraient passer, pour papoter un instant, se faire offrir un café. Un lieu d’exposition, aussi, l’idée s’étant vite imposée dès le départ, pour nos travaux à moi et à Nico, pour les amis ou les gens talentueux ensuite.

La conclusion? S’il y a eu une étape aussi décisive dans mon parcours d’indépendante ce fut bien ça, de prendre mes bureaux. Il y a un coût, financier, car il faut être sûr de sortir de quoi vivre et sa part de loyer; il y a eu surtout un coup, de poker, à se décider aussi vite à s’engager dans une telle aventure. Les premiers mois ne furent pas évident et cet équilibre a bien failli se casser la gueule à plusieurs reprises. Mais le résultat est là: depuis le premier jour, ma productivité a augmenté, pas tout de suite et pas de manière constante; toutefois c’est tout de même le jour et la nuit par rapport à là où j’en étais il y a à peine un an de ça. J’ai rencontré des personnes nouvelles, je connais plus de personnes de mon quartier; ces nouveaux contacts, enfin, m’ont amené du travail à n’en plus pouvoir, dont des missions très intéressantes où j’ai carte blanche. Et puis il y a, surtout, le plaisir à aller au travail, à mon bureau. Car la vraie liberté du freelance est là: pas de prendre par défaut son domicile comme lieu de travail, mais bien de choisir ses conditions de travail, son organisation et ses collègues.

J’ai choisi le meilleur des lieux, et mes collègues sont parmi mes meilleurs amis. Honnêtement, si tous mes doutes et mes questionnements m’ont fait prendre ce chemin, alors tant mieux, car c’est le meilleur des choix que j’aie pu prendre.

Que l’aventure continue alors.

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Graphiste, directrice artistique et webdesigner sur Clermont-Ferrand, originaire de Toulon. Je tiens ce blog depuis 2005. J'aime le dessin (sans déconner), le DIY (broderie, peinture), l'animation, le motion design et la photographie. Sinon j'ai un (gros) chat roux un peu idiot, j'aime le bon café à l'italienne, les voyages, dessiner à la terrasse d'un café, ma tablette Cintiq et les fromages un peu forts.

2 Comments

  1. Pas toujours facile d’avoir de l’audace mais ce sont ces choix qui font une réussite, et c’est pas fini, bravo bichette !

  2. c’est tjs marrant et interessant ces « petites tranches de vie »…qq décisions et des changements ! Dommage j’etais sur Clermont (et ses alentours) l’an dernier pdt 1sem. je suis pt etre passé à coté du local 19 en me balladant 🙂 Ravi pr toi en tt cas !

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