Petite mise au point pour les aspirants stagiaires graphistes

Je ne prends pas de stagiaire

La rentrée est arrivée, et avec elle son flot de demandes de stages dans ma boîte mail et par mon téléphone pro. Ça m’amuse au début, forcément j’en suis passée par là, ça m’agace un peu plus après, au fil de l’année scolaire. Pour regrouper mes explications, parce que selon le temps et l’humeur, j’essaie encore de répondre humainement, je vais regrouper ici mes impressions, mes conseils pour ceux qui viendraient me demander un stage, ou pour toute autre personne qui tomberait sur ce blog. Mais nous allons tout d’abord commencer par une phrase toute bête, histoire d’éviter les confusions:

Je ne prends pas de stagiaire

Non, je ne prends pas de stagiaire.

Peu importe la durée, l’âge, la formation, le sexe, la motivation. Non, niet, nein, no, nada.

Alors pourquoi je ne le fais pas?stagiaire ou pas ?

En Fig.1: la graphiste travaille sereinement dans un espace de travail cosy mais confiné. En Fig.2: la graphiste ne va pas tarder à tarter son nouveau compagnon de bureau.

  • La principale, c’est que je n’ai pas de place. J’ai une Cintiq (pas encore le plus gros modèle mais ça va venir), un écran et un ordi portable sur un bureau de 120 cm de large. Essayez de calculer à combien on rentre dessus. Et pas de place pour travailler confortablement ailleurs dans le local, on a déjà essayé, si, si.
  • Malgré tout, j’espère que j’aurai un jour le plaisir de partager et d’enseigner à quelqu’un de très motivé et très curieux, de lui apprendre les bonnes pratiques du métier, et démythifier ce boulot. Les profs, parce qu’ils n’ont pas toujours une pratique régulière du métier (voire aucune), ont toujours tendance à être à côté de la plaque concernant mon métier (graphiste web) qui évolue très vite, et qui connaît des aspects très différents (travail en agence, en freelance ou chez l’annonceur) et ont donc tendance à colporter des approximations parfois trop optimistes, souvent trop défaitistes.

Si j’ai ressenti le besoin d’écrire cette note, c’est aussi parce que bien souvent, quand ils ne tombent pas sur une freelance très râleuse comme moi, beaucoup de candidatures n’ont pour moi très peu de chances dans certains cas d’intéresser d’autres personnes.
Alors comment faire une vraie candidature pour trouver un stage? (peut aider pour les futures recherches de boulot)

Ciblez vos destinataires

Si vous avez affaire à un freelance (qui bosse seul à son compte donc), ne lui écrivez pas un grand paragraphe flattant son agence jeune et dynamique. Ne parlez pas de « pôle communication » alors que sur mon site pro je parle en mon nom, et qu’il est évident que je suis la seule dans ma société. La première candidature adressée à « Monsieur le responsable d’agence » m’a fait beaucoup rire, la 236e m’a carrément fait grincer des dents.

Personnalisez!

Personnalisez votre lettre de motivation en citant des références et en disant par exemple pourquoi vous les avez appréciées. Pas de lèche-bottes primaire, mais cela montre votre intérêt, votre analyse du travail fourni par le professionnel que vous ciblez. Cela montre aussi (mais vous ne faites pas ça, n’est-ce pas) que vous ne faites pas de bêtes mailings de copiés-collés sans avoir jeté un oeil aux sites des agences. Sérieusement, si on voit que vous avez pris la peine de voir vraiment notre boulot, on apprécie et ça vous fait gagner des points.

Envoyez un book
Vous m’écrivez que vous êtes passionné par le dessin, la photo ou le montage vidéo? Cool. Mais honnêtement, si vous me le dites et ne m’en montrez rien, je m’en fous. Comment devinez la moindre de vos capacités si vous ne me montrez rien? Peu importe votre niveau, que ce soit un CAP, un bac pro ou un bac +5. Je suis vraiment sciée de voir que, depuis la rentrée, je n’ai reçu qu’UNE SEULE candidature de stage avec un folio. Hého, vous êtes pas en bac pro compta, vous bossez dans le VISUEL guys, y’a pas un truc qui vous échappe, là?

Quel type de book?

Évitez d’envoyer des PDF de 50 Mo, imaginez si tout le monde fait ça vous faites sauter nos boîtes mail! A la limite, un PDF synthétique de 3-4 Mo, et quand on vous le demande expressément. Certaines agences gardent ça comme archive, un freelance beaucoup moins (pas que ça à faire, priorité à mes clients!)

Préférez un folio en ligne, un blog, un site, qu’importe; aujourd’hui beaucoup de solutions existent (ultrabook, WordPress, Behance que sais-je). Synthétisez votre boulot, mettez ce dont vous êtes fiers, préférez la qualité à la quantité. Pas la peine de mettre les vieux taffs sous prétexte de « mieux montrer l’évolution »: Non, si vous mettez un truc vieux de 10 ans, mettez quelque chose dont vous êtes contents, vos brouillons de primaire, on s’en moque.

La recherche ultime de stage
N’envoyez pas vos parents prospecter ou candidater à votre place.
No way. Ni par téléphone, ni par porte-à-porte. Ce qui me fait proprement halluciner c’est qu’il y a des parents qui m’appellent pour me demander un stage pour leur fils. Nan mais ALLO? Sérieusement qu’il y ait 1/un élève qui laisse faire ses parents à sa place et 2/des parents assez cons pour faire ça me laisse baba.

Bien sûr votre famille fera jouer son réseau, Certains appelleront ça « pistonnage », moi j’appelle ça l’apprentissage de notre premier réseau de relations. On a tous plus ou moins commencé comme ça, à avoir le contact de l’ami de l’ami du frère de la cousine. Mais ça n’empêche pas en fin de compte, de se bouger le cul dans la boîte et de montrer son intérêt.
Préférez les candidatures par mail
Les secteurs du graphisme, de la communication et aussi – ô surprise – du web bossent aujourd’hui, je ne vous le cache pas, principalement par messagerie mail. C’est pratique, immédiat, archivable. Pas de risque de déranger quelqu’un, comme par téléphone ou par porte-à-porte. Si vous tombez sur un coup de rush dans une agence, ou que le DA ou le freelance est en train de recevoir un client, ne vous attendez pas à être accueillis comme le Messie!

N’oubliez pas que le principal point commun chez les entrepreneurs est qu’on a tous la tête dans le guidon: on a la tête à nos soucis administratifs  quand ce n’est pas une charrette qui nous tombe sur la gueule. Alors les toutes première candidatures de stage, par mail, on les traite gentiment  on prend un peu plus le temps de répondre. Mais au bout d’un moment, le quotidien nous rattrape, et voilà, on n’a plus le temps. Qu’est-ce qu’on va lui répondre, à lui, qu’on a pas dit à un autre? Surtout que bon, désolée, mais à en voir 50 arriver, peu se distinguent vraiment. Donc, à la veille du week-end, ou un lundi, on fait un mail groupé, un message poli mais impersonnel, « Envoyer à tous », et zou!

Donc n’en voulez pas forcément aux recruteurs (parce que bon, le même problème se posera lorsque vous chercherez un boulot salarié) de ne pas vous répondre de manière personnalisée. Il arrive même, un client à relancer, des projets qui s’accumulent, que l’on zappe de répondre. Et, une fois qu’on le réalise trois mois plus tard, on se dit à quoi bon, il a dû le trouver son stage.

Voilà, en quelques mots quelques conseils sur les choses à faire ou ne plus faire. Bien sûr, vous tomberez sur des conseils différents, cette note est davantage orientée vers mon cas de travailleuse indépendante; certaines règles peuvent être très différentes s’il s’agit d’une petite agence de province ou d’une grosse agence parisienne. Dans tous les cas, prenez le temps de vous renseigner, préférez moins de candidatures mais soignées plutôt que de faire du mass-mailing, ouvrez les yeux et les oreilles, renseignez-vous, restez curieux et travaillez votre ciblage.

Vous devriez y arriver facilement, il ne s’agit après tout que des compétences de base de votre futur métier…

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Graphiste, directrice artistique et webdesigner sur Clermont-Ferrand, originaire de Toulon. Je tiens ce blog depuis 2005. J'aime le dessin (sans déconner), le DIY (broderie, peinture), l'animation, le motion design et la photographie. Sinon j'ai un (gros) chat roux un peu idiot, j'aime le bon café à l'italienne, les voyages, dessiner à la terrasse d'un café, ma tablette Cintiq et les fromages un peu forts.