Mes chaussures

Les chaussures d’une fille, c’est important. Enfin c’est ce qu’on dit. Je me suis dit, tiens, je vais vous parler de mes chaussures préférées.

Mes chaussures préférées sont mortes, l’été dernier. Je les avais portées, usées depuis 10 ans, elles ont fait partie de moi, de ma garde-robe. Je les portais les jours d’hiver quand il y avait du verglas, les jours d’été parfois, je les portais même au bureau alors même qu’on me disait que ce n’est pas très raisonnable, est-ce que c’est une tenue pour travailler, ça.

Elles sont mortes lors d’une randonnée d’une belle journée d’été qui avait mal commencé: la pluie puis la démotivation avaient menacé de me décourager de me lever ce matin. Et puis, comme souvent, l’éblouissement d’un rai de soleil, les hauteurs de Picherande qui se découvrent, et je me suis dit, j’ai une belle journée devant moi, marchons. Elles sont mortes l’une et l’autre à quelques mètres d’intervalle, pim, pam, au bout de 4 kilomètres d’une rando qui en faisait 8. Les semelles de caoutchouc se sont décollées d’un coup, tout doucement, très proprement, mettant la mousse en dessous complètement à nu. Le travail de sape avait du commencer il y a des mois, mais je n’avais rien vu. On redoute souvent la panne de voiture, celle qui nous collera sans ressources au milieu de nulle part, mais la panne de chaussures? Hé bien on se retrouve tout de même très con. On se dit que, chaussures ou pas, tant qu’on tient sur ses deux pieds on peut toujours marcher. En fait non, parce que marcher avec des chaussures sans semelles autant marcher pieds nus, et que marcher pieds nus sur 4 bornes de roches et de cailloux, ça va pas la tête.

Je suis tout de même parvenue à rentrer, ce fut un petit peu épique. Mais j’ai ruiné au passage ce qui séparait mon épiderme du goudron et par là-même mes espoirs de réparation par un cordonnier confirmé. Je suis rentrée avec un drôle de vague-à-l’âme.

À 30 ans j’ai réalisé que je ne changerai pas, enfin si un peu quand même, mais pas vraiment. La base de garçon manqué, de fille mal dégrossie, dans le fond vous savez, je n’aime pas bien m’habiller, je n’arrive pas à me coiffer, je n’aime pas me maquiller.

Ces chaussures c’était une part de mon uniforme, une part de mon armure, ces périodes de ma vie où je me fous de ma féminité, je me fous de séduire et du qu’en dira-t-on, où je porte jeans, t-shirt, baskets sans aucune fioriture, sans aucun bijou ni maquillage et où je m’en fous, et où je me sens bien. Mes chaussures elles doivent être comme le reste: elles doivent être pratiques, confortables, solides, je marche des heures dans la ville comme dans la nature et je me ris des heures de marche et de la douleur tellement ces grolles sont confortables comme des pantoufles. Elles me tiennent arrimée au sol, elles ne me font pas défaut. Elles portent la promesse des prochains voyages, des randonnées à en perdre le souffle.

Jamais des chaussures ne furent autant pleurées, c’est fou ce qu’elles vont me manquer.

 

 

Filed under Blabla & News

Directrice artistique et illustratrice sur Clermont-Ferrand, originaire de Toulon. Je tiens ce blog depuis 2005. J'aime le dessin (sans déconner), le DIY (broderie, peinture), l'animation, le motion design et la photographie. Sinon j'ai un (gros) chat roux un peu idiot, j'aime le bon café à l'italienne, les voyages, dessiner à la terrasse d'un café et les fromages un peu forts.

6 Comments

Comments are closed.