Symposium USk 2018: en route pour Porto!

vieux centre de PortoMe voilà de retour du Portugal, où j’ai assisté il y a deux semaines à mon second symposium Urban Sketchers, à Porto. Contrairement à celui de Manchester, en 2016, je ne m’y suis pas présentée avec un pass officiel, ainsi qu’une très grande partie des urban sketchers français.

J’avais déjà évoqué le fait que si je devais retourner à un symposium, je préférais y aller en « off », ne voyant pas bien les avantages d’ouvrir mon porte-feuille pour croiser des gens et dessiner dans la rue, alors que je peux, tout à fait gratuitement, croiser des gens et dessiner dans la rue. Il faut dire que le pass donne droit à des goodies, dans une quantité assez généreuse, mais quand on a ses habitudes de dessin, c’est assez gênant de se retrouver avec plusieurs carnets Leuchtturm ou les mêmes échantillons de couleur en aquarelle. C’est aussi assez embêtant de payer pour un buffet de bienvenue auquel on n’a pas envie de mettre les pieds, parce qu’on a finalement préféré prendre une bière, avec vue, avec les copains qu’on vient de retrouver. Et concernant les sketchcrawls officiels, nous avons eu des informations contradictoires: tantôt réservés aux détenteurs d’un pass, tantôt ouverts à tous sans réserve. Mais après, il faut avoir envie de participer à des sketchcrawls de 200 ou 300 participants… Finissons de râler: un « sketch pass » à 140€ c’est beaucoup trop. J’ai bien fait de passer mon tour et ne regrette pas d’avoir fait mon propre programme, au gré de mes envies et des rencontres.

Un mot sur le symposium cependant: 800 participants officiels, mettons bien le double ou le triple en dessinateurs officieux. Une quarantaine de pays représentés. L’Europe bien sûr, accessible à un jet de Ryanair, mais l’Asie et l’Amérique n’étaient pas en reste. Et saluons les Australiens et Sud-Africains, parmi d’autres, venus de l’autre bout du monde. Au plus fort de la manifestation, il y a eu sans doute près de 2000 dessinateurs dans les rues, c’est complètement dingue quand on y pense.

Un mot sur Porto? La météo d’abord: lumineuse, ensoleillée, fraîche et venteuse juste ce qu’il faut. Quelques coups de soleil les premiers jours, mais on s’adapte au terrain, en cherchant l’angle de dessin qui nous permettra de dessiner à l’ombre. L’architecture? Portugaise, avec cette préférence pour ce baroque foisonnant sur les façades des églises, deux heures et demies à crisper mon poignet sur le croquis d’une double église, je m’en souviendrai longtemps. Evidemment ce qui caractérise Porto, ce sont ses perspectives: des montées, des descentes, un pont métallique posé sur une vieille bâtisse de guingois, des successions de maisons fatiguées qui se reposent les unes sur les autres. Ce n’est pas souvent qu’on peut mettre plongée et contre-plongée dans la même perspective.

Petite chapelle à Porto

Sous le pont Luis I à Porto
Igreja de la misericordia, rua da Flores, Porto

Une amie sketcher, Christine de Tonnerre me disait «Les rencontres USk, c’est comme quand on était à l’école, on passe cinq minutes ensemble, on rigole, et puis on demande: « Tu veux être mon ami? » et c’est aussi simple que ça».

Et c’est vrai.

J’ai eu beau attendre ce symposium avec impatience, depuis son annonce il y a un an. Et pourtant, j’ai eu du mal à m’y sentir bien au début. Une pas-envie de dessiner, dès le deuxième jour. Il y a eu la fatigue d’abord, le manque de sommeil dû à mon auberge de jeunesse, si bien située, trop même, à deux pas des bars ouverts tard la nuit. Je suis bougon dès que je manque une heure de sommeil, alors imaginez avec 6 heures de sommeil par nuit! Et par conséquence, ça me flanque vite le moral dans les chaussettes. J’aurais du m’organiser pour partager un Airbnb, tant pis, ça me servira de leçon pour la prochaine.

Et puis la magie arrive. Il y a eu le rendez-vous quotidien des USk France tous les soirs, place de Ribeira, pour retrouver des têtes connues, revoir ceux qu’on n’a pas croisé depuis Aix, Liège, ou plus longtemps encore. Il y a la surprise, sans cesse renouvelée, de croiser des sketchers d’autres pays, complètement par hasard, au détour d’une ruelle. Je ne connais pas encore beaucoup de gens en dehors de groupe France et Belgique, alors on tâtonne, on hésite avant de retrouver un nom. Et comme souvent, on se reconnaît par nos carnets à dessin. Je croise un soir en rentrant une Irlandaise, c’est Róisín Curé, et un des Portugais organisateurs du symposium, Nelson Pacienca. Ce sont des figures connues du mouvement Urban Sketchers, parce qu’il en faut, parce qu’ils organisent des workshops ou s’investissent dans la communauté. Ils saluent d’autres personnes et échangent avec elles, je ne me présente pas. Ils ne doivent pas me connaitre. Le lendemain matin, je me retrouve sans le vouloir au milieu d’un atelier donné par Roisin, rue des Flores. Elle regarde mes dessins cependant, dit les avoir vu quelque part. Nelson jette un œil distrait en passant, s’arrête brusquement « J’ai déjà vu tes dessins! Je te suis sur Instagram! ». Je rougis, je ne m’attendais pas à ce que mon travail soit vu de personnes dont j’admire le boulot. Il y aura encore d’autres belles rencontres surprise, comme de croiser Jörg Asselborn, un Allemand dont j’admire le travail d’illustration et avec qui j’ai sympathisé rapidement et avec une telle facilité. Un peu plus à l’aise avec l’idée de socialiser, même en mauvais anglais, je vais jusqu’à me présenter directement avec une des « stars » des USk, l’américain Paul Heaston, à la silhouette bien reconnaissable et spécialiste des vues panoramiques à 180°. C’est un peu notre Rihanna, 200 000 abonnés sur Insta, excusez du peu, mais il se souvient de me suivre également et me félicite sur mes dessins.

Quelques mots de personnes avec qui tu partages ta passion, et dont tu estimes le travail, rien de mieux pour continuer ta journée d’un pas léger et le sourire aux lèvres. En quelques minutes des liens se sont créés avec des gens dont tu ne connais que les croquis sur internet, et je sais qu’à la prochaine rencontre, il y aura de nouveaux copains, que je saluerai dans les rues, au hasard des déambulations. Christine avait bien raison.


Boutique Apérola da Bolhao, à PortoRua de Lada, PortoRua Armenia, Porto
Igreja das Carmelitas et igreja sehnora da carma, Porto
Fonte dos Leoes, Porto
Arbres au Jardim da Cordoaria, Porto   Eglise Sao Lourenço, Porto Escada dos Guindais, Porto Escadas do Recanto, PortoBateau sur le Douro, PortoGare Sao Bento, Porto  rua da Assunçao, Portopraça de la liberdade, PortoStatues Cathédrale du Sé, et Jardim da Cordoaria, Porto Lardo Amor de perdiçao, Porto Escada do Codeçal, Porto

J’aurais passé sept journées dans cette ville si agréable. Beaucoup me feront la remarque que je n’aurais dessiné que dans un périmètre trop restreint. Je ne suis pas allée à la plage, je n’ai pas fait de dégustation, je n’ai sans doute dessiné que dans 1 km² du vieux centre, 2 tout au plus, et je sais que j’ai déjà raté bien des quartiers typiques, de boutiques préservées, de lieux populaires ou de cafés branchés. Je me suis levée à 7h du matin, couchée à minuit, j’ai parfois avancé dans une rue d’à peine 50 mètres en deux heures. J’ai passé de drôles de vacances aux yeux de mon entourage. Mais ce fut une grande et belle bouffée d’amitié.